Répondre à : Mesure des impacts de l’électrification rurale (SEL 18 juin 2020)

#14747
Modérateur IFDD
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Voici les QUESTIONS ET RÉPONSES ADDITIONNELLES SUR LE PROJET CAFÉ LUMIÈRE.
Les réponses sont apportées par Charlotte Scouflaire et Michel Labrousse, d’Électriciens sans Frontières (ESF).

Nous vous rappelons que seules les questions non traitées en direct sont incluses ici; nous ne répétons pas ce qui a été discuté pendant la période de discussion avec les experts, disponible dans l’enregistrement YouTube et les diapositives.

Question : Où trouver plus d’information sur ESF? Dans quels pays ESF est-elle active? Comment en savoir plus sur le projet Café-Lumière?
Réponse ESF : Site et pays d’intervention de ESF: Voir https://electriciens-sans-frontieres.org/
Site de Café Lumière : http://www.cafe-lumiere-madagascar.org
(ces liens sont aussi dans les diapositives)
Voici aussi des films qui présentent Café Lumière :
Café-Lumière-Madagascar_Principe-Fr : Visible sur YouTube
Café-Lumière-Madagascar_1-fr : Visible sur YouTube
Café-Lumière-Août-19 : Visible sur Google Photos

Q : Le projet Café-Lumière est-il réplicable à tout type d’environnement / de village? Ou bien requiert-il des conditions spécifiques?
R : Café Lumière est une “Alternative Plus” à l’électrification rurale conventionnelle. Le modèle a pour objectif de fournir de l’électricité et des services à tous les membres d’une communauté rurale. Il est réplicable mais doit s’adapter aux conditions socio-économiques du site envisagé. Ce n’est pas un “container” que l’on dépose, c’est une installation conçue et construite en étroite collaboration avec les habitants et les autorités locales et nationales.

Q : Quelles sont les mesures prises pour la pérennisation des Cafés Lumière?
R : Café Lumière fournit de l’électricité et des services à tous et les acteurs locaux sont à terme en capacité d’assurer la gestion et l’entretient de manière pérenne après un transfert de compétence réussi et à la suite d’une bonne intégration règlementaire.

Q : Le projet Café Lumière a pour approche un prix de vente de l’énergie indexé au consentement à payer des clients …. Comment est vérifiée la capacité financière réelle des clients?
R : Des enquêtes préalables (focus group) sont réalisées pour définir les services attendus et le consentement à payer des consommateurs. Café Lumière vend de l’électricité mais aussi des services (recharge, réfrigération, machines, etc.). Le délégataire en charge de la commercialisation de l’électricité et des services ajuste les prix pour répondre à l’attente des clients.
Par ailleurs, en ce qui concerne l’enquête menée dans le cadre de l’enquête destinée à définir l’enquête “Base line”, les questionnaires ménages s’intéressent aux comportements de consommation des ménages. La présentation prenait l’exemple de l’utilisation des décortiqueuses et le coût moyen : ces données sont issues des réponses au questionnaire. De la même manière, nous interrogeons les ménages sur leurs comportements d’éclairage et le coût associé. Ces données peuvent être comparées avec celles récoltées par l’équipe projet lors de focus groupes.

Q : La double différence ne peut être fiable que si aucun autre projet n’intervient dans l’un ou l’autre des villages sélectionnés lors du processus. N’est-ce pas?
R : En effet, l’identification peut s’avérer plus compliquée si un autre projet intervient dans une localité de contrôle. Au demeurant, on peut imaginer qu’il s’agit là d’une évolution normale des choses : si les localités où le Café Lumière a été installé n’avaient pas été retenues, elles auraient peut-être été sélectionnées dans le cadre d’un autre projet d’électrification.

Q: Quels sont les indicateurs assignés à la satisfaction des bénéficiaires du projet?
R : L’enquête ménage, à ce stade (avant intervention), ne s’intéresse pas directement à la satisfaction par rapport au Café Lumière. A ce stade, ce sont les chiffres commerciaux du Café Lumière qui nous donnent une indication sur son succès auprès des populations, et donc leur satisfaction.
La question de la satisfaction relève donc plutôt du projet et du délégataire plutôt que de l’évaluation d’impact. Savoir si l’éclairage électrique est diffusé par nécessité, parce que c’est moins cher ou parce que le vendeur est sympa n’est pas vraiment l’objet de l’étude d’impact… Dans l’évaluation d’impact, nous considérons simplement les changements de mode de vie qui résultent de l’implantation du Café Lumière « en l’état ».

Q : Comment évaluer les effets qualitatifs/impacts sociaux comme le confort de séjour, le sentiment d’accoucher dans un environnement sécurisé (à la lumière), la contribution à l’amélioration de la fréquentation (et donc des recettes) d’un centre de santé bénéficiant d’une électrification solaire ?
R : En effet, l’enquête ménage regarde principalement des éléments quantifiables. Il y a par exemple des questions concernent la santé des membres du ménage et le lieu d’accouchement des femmes (électrifié ou non). Il s’agira ensuite de regarder si les changements en termes de santé ou de maternité sont effectivement imputables à l’implantation du café lumière ou non.

Q: Où trouver des exemples d’enquêtes?
R : Voici un exemple de la Banque mondiale  https://microdata.worldbank.org/index.php/catalog/lsms

Q : Dans le cadre des études, nous avons très souvent été confrontés à des informations erronées venant des institutions étatiques (par exemple, sur les centres de santé, les écoles), dans la mesure ou les données ne sont très souvent pas mises à jour. Que faire?
R : Le projet concerne aujourd’hui 6 localités dans lesquelles sont implantées des installations Café Lumière (plus 6 localités témoins). Nous n’avons pas cherché à avoir une vision exhaustive de l’équipement des centres de santé et des écoles de l’ensemble du pays… l’inventaire des 5 centres de santé et des 8 écoles a été facile à réaliser sur le terrain, de même que la définition des attentes du personnel attaché à ces infrastructures sociales. Nous ne dépendons pas des statistiques de l’Etat.

Q : Est-ce que ESF priorise des projets plutôt que d’autres sur la base des impacts et effets attendus? Si oui, comment faites-vous cette étude préliminaire?
R : Café Lumière est un projet très particulier au sein d’ESF, c’est une “opération de démonstration”, financée par des bailleurs internationaux (l’AFD et des fondations) qui doit conduire à dupliquer le modèle à Madagascar et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne (actuellement un autre projet Café Lumière est en cours au Bénin).
ESF intervient en général à la demande des habitants et des autorités d’une localité, il n’est pas nécessaire de “prioriser” les projets, implicitement il est acquis que les infrastructures sur lesquelles nous intervenons principalement (santé, éducation, adduction d’eau) auront des impacts positifs très significatifs sur les conditions de vie des populations bénéficiaires.

Q : Comment mesurer les émissions de gaz à effet de serre évitées?
R : Les projets mis en œuvre par ESF concernent un nombre limité d’infrastructures et des populations relativement peu nombreuses. L’impact environnemental est positif, en particulier pour ce qui concerne la baisse des émissions de GES, mais ce n’est pas encore un critère pris en compte. Café Lumière concerne, à terme, un nombre d’infrastructures substantiel. Le bilan GES sera réalisé lorsque les installations auront atteint un niveau d’activité suffisant, à partir de 2021-2022.

Q : Les communautés n’ont-elles pas aussi besoin de savoir quels sont les effets ? Comment les informez-vous?
R : Le maire et son conseil municipal sont pleinement associé à la conception, à la réalisation et à l’exploitation de Café Lumière. C’est un principe essentiel du modèle. Mais cela demande du temps et nous sommes encore en période d’apprentissage… c’est l’objectif d’une “opération de démonstration” qui permet de tester la technique mais aussi d’éclairer sur la dimension socio-économique et de définir le mode de “gouvernance” à créer. D’autres acteurs sont pleinement partie prenante, tout particulièrement l’ADER, agence de développement de l’électrification rurale à Madagascar.

Q : Voici un exemple d’impact négatif sur le social : Dépravation de mœurs due à la création de nouvelles activités comme les centres de loisirs, les lieux de danse nocturne…
R : L’accès aux services électriques peut avoir des impacts qui ne sont pas tous ceux que l’on espérait (santé améliorée, enseignement plus efficace, sécurité renforcée, etc.). Oui, l’électricité sert à conserver les vaccins mais aussi à rafraichir les bières. L’électricité facilite l’apprentissage des langues grâce à l’ordinateur, mais aussi à projeter des vidéos qui ne sont pas toutes à caractère éducatif. Est-ce une raison pour bannir l’électricité des villages ? Nous pensons au contraire qu’en s’ouvrant à la “modernité” la communauté verra ses conditions de vie s’améliorer (ce que nous attendons de l’étude des impacts qui a été présentée) et qu’elle saura trouver le bon équilibre dans les activités qui s’offrent ainsi à elle.
Mention toute particulière pour les femmes. L’électricité permet de substituer au pilonnage manuel des céréales des décortiqueuses ou broyeurs électrique, ce qui libère du temps pour les femmes et leur épargne de la fatigue, elles peuvent ainsi mener à bien d’autres activités, une meilleure prise en charge des enfants par exemple. Les exemples abondent. Nous serons très attentifs aux résultats de l’étude d’impact qui mettra vraisemblablement en évidence le contraste des bénéfices selon les genres.