Répondre à : Synergies d’action entre les conventions de Rio (SEL 1er sept 2020)

#15176
Modérateur IFDD
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Voici la première série de QUESTIONS ET RÉPONSES ADDITIONNELLES EN LIEN AVEC LE SÉMINAIRE “SYNERGIES D’ACTION DES CONVENTION DE RIO”.

Nous vous rappelons que seules les questions non traitées en direct sont incluses ici; nous ne répétons pas ce qui a été discuté pendant la période de discussion avec les experts, disponible dans l’enregistrement YouTube et les diapositives.

Question : Concrètement, comment amener les dirigeants à initier ou encourager les initiatives allant dans le sens de la mise en oeuvre des synergies ces conventions? Comment convaincre les décideurs de la synergie à avoir entre les trois Conventions quand chaque ministère gère une convention? Sur quels leviers devons nous mettre l’accent pour mieux conscientiser nos décideurs sur l’urgence d’appliquer les conventions afin de minimiser les impacts que nous vivons?
Réponse de JEAN-MAURICE ARBOUR : Cette question est intéressante mais très difficile à répondre. C’est la science seule qui, pour l’essentiel, peut imaginer les solutions aux possibilités des synergies et si la jonction entre la science et le politique ne se réalise pas, que peut-on espérer?
Quand des chefs de gouvernements nient les constatations et les conclusions les plus sûres des scientifiques et sont entourés de climatosceptiques, que peut-on faire en effet? Voyez ce qui se passe aux USA actuellement…

Par ailleurs, même si les chefs de gouvernements sont convaincus de la réalité des dangers qui nous menacent, le développement économique, la création d’emplois et l’augmentation du PIB sont les valeurs fondamentales qu’ils privilégient. Il nous faut un véritable changement de culture sur le sens du développement, mais quand on ne voit pas la maison qui brûle, on ne croit pas qu’elle va brûler dans les heures qui viennent. Le problème, c’est que la maison brûle déjà. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs (Jacques Chirac, Johannesburg 2002). Par où commencer? À la maternelle, sans doute…On parle de développement durable depuis 30 ans. Avons-nous réellement intégrer ses exigences?

Concernant la synergie, je pense personnellement que l’idée de maintenir un Ministère de l’environnement au sein des machines gouvernementales est, à l’heure du développement durable, une pure aberration, car elle favorise le travail en silo et crée l’illusion qu’on s’occupe bien de l’environnement. L’environnement doit être la préoccupation de tous les ministères, sans exception. Aux gouvernements d’adapter leur structure administrative aux nécessités du développement durable. Le Ministre de l’environnement est, partout et sauf exception, quelle que soit la structure institutionnelle qu’il a sous ses ordres, un empêcheur de tourner en rond qu’on peut ignorer à chaque fois qu’il faut adopter des grosses décisions d’affaires. Les témoignages à cet effet ne manquent pas. Voir notamment le témoignage de Nicolas Huot, ex-ministre de la Transition écologique et solidaire (France 2018 ), lors de sa démission: je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là.. Aux USA, voyez ce qu’on fait de l’environnement depuis 2016…au nom de la grandeur de l’Amérique. Au Québec, voir le témoignage d’un ancien ministre de l’environnement : (Le ministre de l’Environnement, «l’empêcheur de tourner en rond». Le Devoir 18 avril 2015, [https://www.ledevoir.com/politique/quebec/437672/le-ministre-de-l-environnement-l-empecheur-de-tourner-en-rond].

Concernant les leviers, je mentionnerais une presse libre, indépendante et éclairée, une opinion publique alerte et sensibilisée aux enjeux environnementaux.

Question : Concrètement, quelles actions précises mener pour l’adaptation des cadres juridiques existants en facteur des synergies entre les conventions?
Réponse de JEAN-MAURICE ARBOUR : Je comprends votre question comme signifiant les cadres juridiques nationaux existants. Une idée parmi d’autres. Chaque convention institutionnalise la fonction du Point focal et de correspondants nationaux sous divers aspects. Le Point focal est la courroie de transmission entre le Secrétariat et son gouvernement et vice versa. Je pense personnellement qu’on pourrait peut-être renforcer leur rôle au sein des appareils gouvernementaux en accroissant leurs ressources, en unifiant et institutionnalisant leurs fonctions et en leur adjoignant d’autres intervenants compétents. Ne peut-on pas penser que des décisions gouvernementales importantes ne soient prises que sur avis favorable des Points focaux des trois conventions?

Pour une réflexion intéressante, je vous donne la référence suivante : Royaume du Maroc /PNUE, Inventaire des trois Conventions de Rio et des synergies entre elles, Rabat, 18 février 2005, p. 14 seq. [https://www.thegef.org/sites/default/files/ncsa-documents/287_0.pdf].

En me référant à l’intervention de M. Traore, il faudrait voir aussi de quelle manière la structure institutionnelle mise en place au Burkina Faso donne des résultats efficaces dans la pratique administrative de cet État.(Intervention de M Traore).

Question : Comment les différents fonds internationaux prennent-ils en compte les synergies d’action? Par exemple, le Fonds vert pour le climat. Ou autre.
Réponse de NABIL BEN KHATRA : Les synergies d’action sont au cœur des stratégies des fonds internationaux qui exigent une référence aux ODD pour toute action à financer. Par exemple, le GEF, qui est le fonds majeur en matière de mise en œuvre des trois conventions de Rio :
• fait la promotion de l’approche par écosystème dans le but d’accroître l’efficacité dans la gestion des enjeux environnementaux ; et
• exige que les projets qu’il finance abordent plusieurs de ses aires d’interventions.

Quant au GCF, il tient compte du développement durable et de la référence aux ODD dans ses critères d’investissement. Ce fonds, qui est un instrument financier de la CCNUCC, accorde également beaucoup d’importance aux deux autres conventions de Rio pour atteindre ses résultats en termes d’adaptation et d’atténuation, notamment ceux liés à la « Foresterie et l’utilisation des terres » et aux « Écosystèmes et services écosystémiques ». De plus, le GCF a mis en place une fenêtre de financement dédiée aux activités REDD+, qui incite à la réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts ainsi qu’à l’augmentation des stocks de carbone forestier.

Question : Comment faire un suivi véritable de la mise en œuvre des synergies des conventions par les décideurs ?
Réponse de NABIL BEN KHATRA : Un véritable suivi de la mise en œuvre des synergies des conventions par les décideurs passera par des actions concertées à plusieurs niveaux :
Au niveau global, il faudrait :
• Doter le Groupe de liaison conjoint des Conventions de Rio d’un plus grand pouvoir décisionnel ;
• Mettre en place un cadre de reporting harmonisé avec des indicateurs communs ;
• Créer un agenda commun aux trois conventions pour une prise décision adéquate des décideurs.
Au niveau national, il faudrait :
• Veiller à ce que les points focaux des trois conventions soient sous la tutelle du même ministère lorsque cela est possible ;
• Appuyer la mise en place d’un « Comité des points focaux » qui regroupe les points focaux des trois Conventions de Rio, du GIEC et du FEM pour faciliter la synergie entre les trois Conventions. Ce comité peut être élargi selon les besoins aux représentants des agences d’exécution du FEM (PNUD, PNUE, Banque Mondiale, etc…) et des autres mécanismes de financement (FIDA, GCF, etc…) ;
• Renforcer les capacités des points focaux et techniciens pour assurer un reporting intégré des activités des trois conventions.

Question : Ne faut-il pas mettre un accent particulier sur le rôle de la presse et de la société civile pour amener les décideurs a œuvrer dans le sens des accords conclus? Plus largement, quel est le rôle de la société civile dans la mise en œuvre des synergies?
Réponse de JEAN-MAURICE ARBOUR : Oui, il faut une presse libre, indépendante et éclairée, une opinion publique alerte et sensibilisée aux enjeux environnementaux. C’est une nécessité et une condition préalable à l’avancement des solutions pour un développement durable. C’est une lutte de tous les instants. Mais voyez partout ce qui se passe réellement, même dans les « meilleures » démocraties. Devant le veau d’or du développement économique durable à tout prix, ( et non le développement durable), les ONG environnementales et les oppositions politiques se révèlent rarement des combattantes de poids face à des intérêts financiers et politiques à court terme. Faut-il vraiment donner des exemples? Partout, des vues à court terme, au service d’intérêts à court terme.