Répondre à : Enjeux géopolitiques de la transition énergétique en Afrique (SEL 5 nov 2020)

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Modérateur IFDD
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Voici les QUESTIONS ADDITIONNELLES à celles traitées en direct et les RÉPONSES apportées par les experts.

QUESTION : Question “pure” Géopolitique : Nationaliser les industries pétrolières exploitées par les sociétés étrangères en Afrique représente-t-il un suicide politique pour le gouvernement en place ?
RÉPONSE SAMIR ALLAL (SA) : Plutôt chercher à mettre en place un cadre institiutionnel attractive et gagnant/gagnant ; pour le pays et les campagnies. L’industrie pétrolière est une indstrie tres capiitalistique. L’Afrique recèle environ 10% des réserves de pétrole mais ne produit que 8% de la deamde. La production africaine de pétrole est en baisse du fait de la situation en Lybie où la production s’est effondrée en raison des conflits, mais également des difficultés au Nigéria ( insécurité dans la région du delta du Niger qui concentre la production ) et manques d’investissements dans d’autres grands pays producteursafricains, l’Algérie et l’Angola.

RÉPONSE HENRI BOYÉ (RB) : Oui, nationaliser les industries pétrolières exploitées par les sociétés étrangères serait un très mauvais signal, voire catastrophique ! C’est déjà très difficile de faire venir des investisseurs privés dans les Pays africains, et le « risque politique » est un gros handicap à surmonter. Par contre, il faut négocier les contrats de façon équilibrée…

QUESTION : Pourrions-nous revenir sur les barrières à ce que les États africains s’unissent pour financer un grand barrage hydroélectrique sur le fleuve Congo ?
SA : Les difficultés politiques et les conflits empêchent de mettre en valeur l’énorme potentiel de fleuve comme celui du Congo. Par ailleurs, l’électrification demeunre un enjeu prioritaire pour l’Afrique. Mais, elle exige de la ccopération et une politique publique ambitieuse s’appuyant sur une réforme tarifaire courageuse afin de faire apparaître les financement nécessaire pour la construction d’un tel barrage et l’extension du réseau. Finalement, l’électrification demeure un produit strtégique que l’Etat, quel qu’il soit , ne peut l’ignorer.

HB : Le projet INGA sur le fleuve Congo INGA, (un potentiel de 40 000 Mwe, avec étude du transport en courant continu aérien HV-DC vers Egypte, RSA, Nigeria; à un coût théorique relativement bas, qui serait compétitif par rapport au nucléaire et au gaz, même en incluant le transport à grande distance.)
Le projet était bien parti en 2014-2015, sous l’égide de la Banque Mondiale, qui finançait les études en don, mais la Présidence de RDC a voulu le reprendre, en fin 2015 (avec incompétence, en tuant la confiance, et en se tirant en fait une balle dans le pied ! )
Par ailleurs, les négociations entre plusieurs pays africains sont très difficiles (conflits d’intérêts souvent). Inga est un condensé de toutes les difficultés. Il faut stabilité politique, bonne gouvernance, Indispensable coopération régionale africaine, et un consortium de gros investisseurs dans la durée.

QUESTION : Un enjeu géopolitique n’est-il pas lié aux subventions aux énergies fossiles en Afrique? Doivent-elles être supprimées?
HB : La vérité des prix des énergies fossiles en Afrique, sans suvention, serait bien sur bien meilleure. Dans les pays européens, les énergies fossiles sont au contraire fortement taxées (carburant automobile, taxes sur l’électricité, taxe carbone’) sauf pour les agriculteurs.
Mais c’est un enjeu de politique intérieure, voire électorale, pour les décideurs politiques africains.

QUESTION : En quelques mots, quels sont les enjeux géopolitiques de la transition énergétique spécifiques à l’Afrique du nord?
SA : Quelques points :
– La maîtrise de l’énergie et le déploiement accéléré des énergies renouvelables : enjeu majeur pour pour la traistion énergétique et la création massive de l’emploi dans la région;
– Les interconnexions physiques des systèmes gaziers et électriques traduisent une conjoction d’intérêts et répondent à deux préoccupations convergentes : d’une part, celle de l’Europe, d’assurer la couverture de ses besoins en énergie à moindre coût, d’autre part, celle des pays de l’afrique du nord, de valoriser leurs ressources pour financer leur développement
– En électricité, la liaison la plus forte estvl’interconnexion construite entre le Maroc et l’Espagne; IL reste fort àfaire : le fonctionnement d’une boucle électrique qui entoure la Méditerranée ( MedRing), l’intégration des marchés électriques et gaziers du Nord et du Sud, , l’harmonisation des systèmes de régulations.

HB : Déjà la coopération entre pays voisins du Maghreb, qui reste à créer. Le COMELEC fonctionne entre Maroc, Algérie, Tunisie, interconnectés, mais les frontières avec l’Algérie sont fermées,

QUESTION : Est-il réaliste de croire que l’Afrique pourrait parler d’une voix commune pour défendre ses intérêts énergétiques?
SA : Les tendances de l’économie internationale actuelles plaident pour une intégration Afrique/Méditerranée/Europe : la réginalisation progresse et la mondialisation régresse. La proximité géographique, (re) devienne une valeur en soi. Par ailleurs, un Geen Deal « fort « permettra d’accroître les investissements directs (IDE) à distination du continent africain.

HB : l’Afrique pourrait parler d’une voix commune ?? Pas très réaliste à court termet. Car il n’y a malheureusement pas encore d’unité africaine, juste quelques débuts de coopération régionale.

QUESTION : Quel est le rôle de la société civile, y compris les consommateurs, dans la nouvelle géopolitique énergétique?
HB : C’est contradictoire, car les consommateurs veulent des prix bas, et une bonne qualité de service. Il faut la vérité des prix (tarifs reflétant les couts réels) et ce n’est pas populaire…
Les communautés villageoises ont un rôle important à jouer en électrification rurale, notamment pour des miniréseaux qui fonctionnent,

QUESTION : Les institutions africaines pourraient-elles réussir à financer elles-mêmes les projets d’énergies vertes, et si oui, comment?
HB : C’est difficile ou impossible de financer elles-mêmes tous les projets d’énergies vertes; Les besoins en investissement sont énormes… Efforts de la BAD. Mais pas assez d’investisseurs africains. En Éthiopie, le Barrage Grand Renaissance Dam (5000 MW) a été financé de façon nationale, ce qui est remarquable, (par un gouvernement autoritaire, avec contribution financière obligatoire de tous, entreprise et salariés, retenues sur salaires imposées)

QUESTION : Bonjour, je voudrais savoir les causes de l’échec du projet DESERTEC.
HB : Le projet DESERTEC concernait le transport vers l’Europe d’énergie électrique d’origine solaire PV ou CSP, à travers la Méditerranée avait des promoteurs allemands.
Mais il n’a jamais eu l’accord des pays du Sud (Algérie notamment) et même il a été ressenti comme « néocolonialiste », en provoquant de l’hostilité. De plus, beaucoup d’oppositions locales seraient à prévoir (car même dans le désert, il y a du monde et des ayants droits partout) !
Par ailleurs, au plan technique et économique, la faisabilité du projet DESERTEC est incertaine (traversée de la Méditerranée, très profonde, par des lignes électriques sous-marines à courant continu, jamais réalisée ? Rentabilité très incertaine, gros risques pour les éventuels investisseurs.) Quelle serait la répartition de la rente, s’il y en a une, entre pays africains et européens ?

QUESTION : Avez-vous des exemples de petits réseaux avec des tarifs non-subventionnés comparables aux tarifs des réseaux électriques?
HB : Non, car l’électrification rurale est toujours plus couteuse que pour les villes ! et cela nécessite donc des subventions; ou des tarifs traduisant les couts réels.
(Sauf cas géographique, rare et idéal où la production est peu couteuse : comme une petite centrale hydroélectrique près d’un village de moyenne montagne au Laos ou à Madagascar… )

QUESTION : Qu’est qui bloque la réalisation du barrage de Kandaji, projet promoteur dans le domaine énergétique au Niger?
HB : Projet en cours d’étude, technique et financière. Financement AFD et BAD. La mise en œuvre du projet «Kandadji» est étalée sur six ans (2019-2025), et consiste en la réalisation d’un barrage à buts multiples qui devrait créer un véritable pôle de développement économique dans la région de Tillabéry. Rentabilité non démontrée pour des investisseurs ? Et risque politique du Pays ?…