Répondre à : Tarification de l’électricité : principes de base (SEL 9 déc 2020)

#20720
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Comme promis, voici les QUESTIONS ADDITIONNELLES à celles traitées en direct et les RÉPONSES apportées par les experts. Pour commencer, les questions adressées à Anastassios Gentzoglanis.

QUESTION: Que voulez-vous dire par « profit normal » (lorsque le prix est égal au coût marginal) ? C’est-à-dire, « normal », dans quel sens?
RÉPONSE ANASTASSIOS GENTZOGLANIS (AG): En termes très simples, une entreprise réalise un « profit normal » lorsque ses revenus sont égaux aux coûts de production incluant sa rémunération du capital.
Une entreprise réalise un « profit supranormal ou profit économique » lorsque ses revenus dépassent ses coûts de production incluant sa rémunération du capital.

QUESTION : Pourquoi dites-vous qu’il y a des efficacités lors le tarif égale le coût moyen? N’est-ce pas pourtant la condition requise pour que le monopole survive? En quoi c’est inefficace?
AG : Il y a des efficacités allocatives et productives lorsque le tarif est égal au coût marginal. Par contre, si le tarif est subventionné (P < Cm), il y a des inefficacités allocatives, car les consommateurs ont tendance à surconsommer et les producteurs à surutiliser les ressources pour produire plus d’électricité. Les ressources ne sont pas alors utilisées à leur emploi le plus productif. Il y a donc une mauvaise affectation (allocation) des ressources et des inefficacités allocatives. Lorsque P=Cm, il y a également des efficacités productives. L’opérateur fonctionne à des plus bas coûts de production (minimisation des coûts). Ces efficacités permettent à l’opérateur de réaliser un profit normal et aux consommateurs de maximiser les bénéfices de la consommation de l’électricité. QUESTION : Vous mentionnez le critère du tarif unique. Dans les faits, il n’y a quasiment jamais de tarif unique (tarif selon les niveaux de consommation par exemple). Est-ce mauvais?
AG : Le tarif unique a ses mérites. Il satisfait un des principes de tarification, notamment celui de la simplicité tarifaire. Mais lorsque les tarifs sont simples, ils ne sont pas transparents et ils ne donnent pas les signaux aux consommateurs pour une utilisation plus rationnelle de l’électricité. Au Québec, on utilise un tarif unique à travers la province. Ce tarif cache des subventions croisées, car il ne correspond pas à son Cm. Il n’est donc pas réflectif, violant ainsi un autre principe de tarification, celui de « réflexivité des coûts ».

QUESTION : Où trouver plus d’information sur les méthodologies d’ajustement de tarif? Notamment, sur les tarifs Ramsey-Boîteux.
AG : Les tarifs Ramsey-Boiteux sont efficients mais assez complexes à déterminer, en plus d’être injustes. De façon générale, avec ces tarifs, les consommateurs les moins nantis paient plus cher pour l’électricité consommée par rapport aux clients plus nantis. Il est alors difficile d’accepter socialement ces tarifs. Les autorités ministérielles et réglementaires doivent alors peser les pours et contres de cette tarification. Certaines références utiles :
• Li, Y., Jiang Y et Dong C. (2020). « Electricity Cross-subsidies in the People’s Republic of China: Equity, Reverse Ramsey Pricing, and Welfare Analysis, ADBI Working Paper Series, n0 1188, Tokyo, Asian Development Bank Institute, septembre 2020.
• Bigerna, S. and Bollino, C.A. (2016) Ramsey Prices in the Italian Electricity Market. Energy Policy, 88, 603-612
• Nelson J.P., Roberts M.J., Tromp E.P. (1987) An Analysis of Ramsey Pricing in Electric Utilities. In: Crew M.A. (eds) Regulating Utilities in an Era of Deregulation. Palgrave Macmillan, London. https://doi.org/10.1007/978-1-349-08714-3_7

QUESTION : Les tarifs simples ne sont pas efficients. Pouvez-vous expliquer?
AG : Voir l’explication plus haut sur les tarifs uniques.